Quand on pense légende africaine du sport, le réflexe c'est presque toujours le foot, et presque toujours l'Europe : Drogba à Chelsea, Eto'o à Barcelone, Weah au Milan AC. Mais le meilleur basketteur né en Afrique n'a jamais signé dans un club européen. Pas une saison, pas un prêt, pas un exhibition tour. Hakeem Olajuwon est parti de Lagos direct pour Houston, au Texas, et n'en est plus reparti avant d'avoir deux bagues, un MVP et une plaque au Hall of Fame. Son chemin est l'exact inverse de celui qu'on raconte d'habitude aux jeunes Africains qui rêvent de percer dans le sport, et c'est précisément ce qui le rend intéressant.
Dans cet article
- Lagos, 1978 : le foot et le hand avant le basket
- Pourquoi Houston, et pas un club européen
- Le palmarès qui ferme le débat
- La vraie différence avec les légendes africaines du foot
- Questions fréquentes
Lagos, 1978 : le foot et le hand avant le basket
Avant d'être "The Dream", Hakeem Olajuwon n'a même pas touché un ballon de basket avant ses 15 ans. À Lagos, il joue au foot et au handball, comme énormément de gamins de sa génération. C'est un prof qui le repère pour sa taille et sa coordination et qui le pousse vers le basket, un sport qu'il découvre quasiment sur le tard pour un futur pro. En deux ans à peine, il progresse assez vite pour emmener la sélection nigériane de basket jusqu'au bronze aux All-Africa Games. À 17 ans, il n'a que deux saisons de basket dans les jambes. C'est à ce moment-là qu'un recruteur américain le repère et lui ouvre la porte des États-Unis, pas de l'Europe.
Pourquoi Houston, et pas un club européen
En 1980, Olajuwon débarque à l'université de Houston pour jouer sous les ordres du coach Guy Lewis. Ce détour n'a rien d'un hasard : c'est la voie que prend, encore aujourd'hui, la quasi-totalité des meilleurs espoirs africains du basket. Là où le foot africain a construit sa filière vers les centres de formation français, portugais ou belges, le basket africain s'est structuré autour du système universitaire américain, la NCAA, qui offre bourse d'études, exposition aux recruteurs NBA et un niveau de compétition qu'aucun championnat européen ne propose à ce niveau d'âge.
À Houston, Olajuwon rejoint Clyde Drexler dans un collectif surnommé "Phi Slamma Jamma", connu pour son jeu aérien et trois participations au Final Four. En 1984, il est sélectionné en 1ère position de la draft NBA, la même cuvée que Michael Jordan, Charles Barkley et John Stockton. À partir de là, sa trajectoire ne quittera plus jamais le sol américain : dix-huit saisons NBA, dont la quasi-totalité aux Houston Rockets, et un court passage final aux Toronto Raptors. Aucun club européen, jamais.
Lagos, Houston : la trajectoire inverse de celle qu'on raconte d'habitude.Le palmarès qui ferme le débat
Si le nom d'Olajuwon revient toujours dans la discussion du meilleur basketteur né en Afrique, ce n'est pas par nostalgie, c'est par les chiffres. En 1994, il devient le premier joueur de l'histoire de la NBA à être élu MVP de la saison régulière, Défenseur de l'année et MVP des Finales la même année. Il enchaîne avec un deuxième titre NBA en 1995, toujours à Houston. Deux fois Défenseur de l'année, une signature move devenue un classique du basket moderne (le "Dream Shake"), et une intronisation au Naismith Basketball Hall of Fame en 2008. Aucun joueur né en Afrique n'a, à ce jour, un palmarès individuel et collectif qui s'en approche.
La vraie différence avec les légendes africaines du foot
Ce qui rend l'histoire d'Olajuwon presque contre-intuitive, c'est qu'elle casse le script qu'on connaît par cœur côté foot. Drogba, Eto'o, Weah, Essien, Yaya Touré, Kanu, Okocha : toutes ces légendes ont construit leur statut de légende en Europe, dans des clubs qui ont fini par porter une partie de leur identité. Le basket africain, lui, a pris une autre route depuis les années 80, celle des campus américains, et Olajuwon en est le point de départ, pas l'exception. Dikembe Mutombo (Georgetown), Joel Embiid (Kansas), Pascal Siakam (New Mexico State) : la même filière, le même schéma, quatre décennies plus tard. C'est une histoire de trajectoire sportive africaine tout aussi réelle que celle du foot, juste beaucoup moins racontée, parce qu'elle ne passe jamais par Paris, Londres ou Madrid.
C'est ce genre de récit, celui qui échappe au narratif habituel, que DAÖMEY a envie de creuser. Le sport africain ne se résume pas à une seule carte, et les trajectoires qui empruntent d'autres routes méritent autant d'être racontées.
Questions fréquentes
Hakeem Olajuwon est-il vraiment le meilleur joueur africain de basket de l'histoire ?
Sur le plan du palmarès individuel et collectif (deux titres NBA, un MVP, deux fois Défenseur de l'année, un Hall of Fame), aucun autre joueur né en Afrique ne l'a égalé à ce jour. C'est le consensus le plus large chez les observateurs de la NBA.
Olajuwon a-t-il joué en Europe à un moment de sa carrière ?
Non. Sa carrière s'est jouée entièrement aux États-Unis : université de Houston, puis dix-huit saisons NBA, principalement aux Houston Rockets et brièvement aux Toronto Raptors.
Pourquoi les meilleurs basketteurs africains passent par les universités américaines plutôt que par l'Europe ?
Le système NCAA offre une bourse d'études, une exposition directe aux recruteurs NBA et un niveau de compétition élevé dès le lycée et l'université, une filière que le circuit européen de basket ne propose pas au même degré pour les jeunes espoirs.
D'autres grands joueurs NBA nés en Afrique ont-ils suivi le même chemin qu'Olajuwon ?
Oui. Dikembe Mutombo (Congo, université de Georgetown) et Joel Embiid (Cameroun, université du Kansas) ont emprunté la même filière universitaire américaine avant leur carrière NBA, sans passage par l'Europe.
D'autres trajectoires africaines qui sortent du script habituel
Le sport africain a plus d'une route. DAÖMEY continue d'explorer celles qu'on raconte le moins.
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